L’Aviateur et sa femme

Sur une base aérienne, au fin fond de la Russie soviétique, le capitaine Voskoboiev broie du noir. Avant que son avion de chasse ne s’écrase il a réussi à s’éjecter mais une commission d’enquête l’a interdit de vol car le crash de son appareil a provoqué une invraisemblable catastrophe. Privé de sa passion, il sombre dans la mélancolie.

« L’Aviateur et sa femme » est le quatrième livre d’Andreï Dmitriev, publié chez Fayard. Dmitriev, considéré comme l’un des écrivains les plus originaux de la littérature russe contemporaine, n’a pas eu dans son pays le succès qu’il mérite. Certains critiques russes estiment qu’il est tout simplement en retard d’une époque car après le démantèlement de l’Urss, en Russie la mélancolie n’est plus de mise.

Mais, avec ses personnages fantasques et excentriques « L’Aviateur et sa femme » n’est pas seulement une nouvelle mélancolique. Pour chasser la morosité, l’auteur manie l’humour où l’exagération comme, par exemple, dans cette description surréaliste des conséquences du crash de Voskoboiev.

«On se racontait à mi-voix les détails de la catastrophe à la lumière des bougies et des lampes à pétrole. L’énorme afflux d’air avait déraciné les pins de part et d’autre du layon. Un incendie se déclara, dévorant le cinquième de la réserve. On vit s’extraire ici et la de la Sirotka, dès que ses eaux se mirent à bouillir, des écrevisses toutes rouges. Les serpents qui par leur peau sentent l’approche du feu, plantaient leurs dents à venin dans l’écorce des arbres, puis, pendus le long des troncs, dédaigneux et indifférents, ils attendaient la mort. (…) Avec une témérité inouïe, des bandes de sangliers de d’élans attaquèrent des voitures sur la route nationale. Les bêtes mouraient, pulvérisant leurs crânes contre les radiateurs, faisant voler en éclats bois, défenses et sabots ; le métal non plus ne résistait pas et il se transformait en filasse. Les malheureux conducteurs ont perdu la raison, ils se taisent et aujourd’hui eux-mêmes ne savent plus où ils allaient».

Les arcanes de la littérature

Naturellement, après un tel résultat, on comprend que Voskoboiev puisse déprimer malgré les efforts de sa femme pour lui redonner confiance et malgré l’optimisme de circonstance du chef de la base, le colonel Jivikhine, qui, sans oser le regarder dans les yeux, lui promet qu’un jour il s’installera à nouveau aux commandes d’un avion.

Un autre compagnon d’armes, le commandant Troutko, tente de l’initier aux arcanes de la littérature. Troutko, qui peu à peu devient le personnage central de la nouvelle, entretient une correspondance suivie avec Zoiev, critique littéraire à Moscou. « Nous polémiquons » répond-il énigmatiquement quand on lui demande où en sont ses échanges avec son correspondant. Ces « polémiques » autour de Dante, Thoreau, ou Karamzine, sont prétexte à diverses digressions poétiques.

Mais quand Zoiev, gagné lui aussi par la mélancolie, se décide à rendre visite au commandant Troutko il est trop tard. Incapables de surmonter leur mal de vivre, Troutko et Voskoboiev ont déjà choisi la mort.

L’Aviateur et sa femme. Andreï Dmitriev. Fayard.

 

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