Le triomphe de « Big Brother »

Surveillés, épiés, écoutés. Interrogés, sondés analysés. Ceux qui nous gouvernent veulent tout savoir et faire de chacun d’entre nous le personnage transparent et prévisible que le sociologue, philosophe et journaliste allemand Wolfgang Sofsky décrit dans «  Le Citoyen de verre », un petit livre d’une terrifiante lucidité publié aux éditions de l’Herne.

Comment ne pas se reconnaître dans ce M. B dont les moindres faits et gestes sont soigneusement enregistrés dès qu’il quitte son domicile ? Les caméras de surveillance, qui jalonnent son parcours, le suivent pas à pas et si elles tombent en panne le système de géo localisation qui équipe son téléphone portable pourra facilement prendre le relai. Sa carte de crédit permettra non seulement d’enregistrer tous ces achats mais donnera dans le même temps de précieuses informations sur ses préférences, quelles soient littéraires, gastronomiques, vestimentaires ou autres.

« De la même manière que l’Etat élargit son pouvoir de contrôle, les entreprises tiennent par-dessus tout à découvrir les désirs secrets et les canaliser vers des voies lucratives. Tout comme l’Etat entretient l’illusion de la sécurité, l’entreprise privée rêve de dompter le marché », note Wolfgang Sofsky.

« Big Brother » est parmi nous

Au cours de son périple quotidien M. B laissera bien d’autres traces sans même s’en rendre compte tant les technologies qu’il utilise et que nous utilisons tous, sont devenues banales et quotidiennes. Même chez lui il n’est plus à l’abri des indiscrétions : les messages qu’il envoie depuis son ordinateur, les sites internet qu’il visite peuvent sans trop de difficultés être repérés ou interceptés par des logiciels dits « malveillants » qui pullulent désormais sur le web.

Ainsi, le « Big Brother » qu’annonçait George Orwell dans « 1984 » est devenu une réalité et notre espace privé, réduit à une peau de chagrin, est désormais en voie de disparition. Bientôt nous n’aurons plus rien à cacher, or souligne Wolfgang Sofsky « celui qui croit qu’il n’a rien à cacher a déjà renoncé à sa liberté ».

Pouvons-nous encore réagir ? Nous soustraire aux indiscrétions ? Préserver au moins une parcelle d’intimité ? Wolfgang Sofsky dont les phrases sonnent parfois comme des slogans ou des maximes, appelle sans doute à la résistance mais remarque aussi, avec amertume, que nous sommes en grande partie responsable de la situation ayant sacrifié notre vie privé à notre confort et notre besoin d’assistance.

« Pour la très grande majorité des sujets, il est depuis longtemps tout naturel d’être enregistré, épié, mis sous tutelle et tranquillisé en permanence. Ceux-là ne rêvent que d’une chose ; croire aux promesses des autorités », constate Sofsky.

Le citoyen de verre, entre surveillance et exhibition. Wolfgang Sofsky. L’Herne.

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