Le journal de Lena

Léna avait 16 ans à peine et pendant plusieurs mois sa vie s’est résumée à un seul objectif : trouver à manger pour continuer à vivre. Coûte que coûte.

Comme 2,5 millions de personnes, Lena Moukhina a été prise au piège du siège de Leningrad, la deuxième ville de Russie, capitale de la révolution d’Octobre 1917, encerclée par les troupes nazies pendant 900 jours du  8 septembre 1941 au 27 janvier 1944.

Lena, véritable Anne Frank soviétique, a écrit un journal, découvert par miracle et souvent aussi poignant que celui de la petite victime de l’Holocauste.

Le journal de Léna, publié en Russie en 2011, commence comme celui de n’importe quelle jeune fille avec des préoccupations propres à l’adolescence. Léna est amoureuse de Vovka, son camarade de classe, et n’arrête pas de se plaindre de sa froideur a son égard.

Mais le 22 juin 1941, à quatre heures du matin précises, tout bascule. La Wehrmacht franchit la frontière soviétique et progresse d’autant plus rapidement que Staline, pourtant prévenu par ses espions, a refusé jusqu’au bout de croire au déclenchement imminent de l’opération Barbarossa.

Leningrad est bombardé sans relâche. Le 9 septembre Léna rapporte dans son journal 9 attaques en une seule journée.

Les Allemands ont établi autour de Leningrad un étau infranchissable et leurs avions pilonnent la ville sans répit. Malgré la propagande stalinienne, distillée sans cesse auprès des assiégés, Léna en vient à douter de la victoire finale.

De la viande de chat

Je n’ai plus du tout la certitude maintenant que le Leningrad ne va pas capituler”, note-t-elle en octobre. “Parfois on perd espoir et on pense alors qu’on va tous crever comme des mouches”. écrit-elle un mois plus tard.  “La mort est tout le temps suspendue au dessus de chacun de nous et nous y sommes tellement habitués qu’on ne le remarque même plus ou plus exactement, nous ne voulons plus le remarquer”, ajoute-t-elle.

La mort rode au dessus de Leningrad non seulement en raison des bombardements mais aussi  en raison de la faim qui tenaille les habitants encerclés. Toujours présente, il faut la vaincre absolument et Lena comme tous ses compatriotes y consacre toute son énergie.

J’ai affreusement envie de manger. Je sens dans mon ventre un vide exécrable. Comme j’ai envie de pain, comme j’en ai envie! J’ai l’impression que je pourrais tout donner pour pouvoir me remplir l’estomac.”, écrit Lena. Une ration supplémentaire est accueillie comme un miracle qui donne enfin un sens à la vie.

La lumière est revenue”, note Lena après avoir reçu au lycée un chou et “un verre de gelée de viande” qu’elle n’avait pas même osé espérer. “La vie est devenue plus agréable, la vie est devenue plus gaie”, conclut-elle en reprenant un slogan de Staline resté célèbre pour être totalement aux antipodes de la réalité soviétique.

Mais la faim donne aussi à Lena l’incroyable audace de critiquer le “petit père des peuples”. “Hier à Moscou, Staline a de nouveau organisé un dîner au Kremlin en l’honneur d’Anthony Eden. C’est un scandale”.

Alors qu’au Kremlin on se goberge Léna  se régale avec de la viande de chat, dans sa chambre où le thermomètre est descendu à -5°C.  “On en a encore suffisamment pour deux jours.”, écrit-elle le 18 décembre en ajoutant : “Ce serait bien de dénicher un chat quelque part, et ça nous suffirait pour un bon moment encore. Oui, je n’aurais jamais cru que la viande de chat soit si savoureuse et si tendre.

De son côté, Sacha, la tante de Lena,  prépare de “la gelée avec le colle à bois de la meilleure qualité”. Un plat “totalement inoffensif”, affirme Lena. La colle à bois, assure-t-elle, “est fabriquée à partir de sabots et de cornes d’animaux domestiques”.

Le 8 février 1942 Lena rapporte en une seule ligne la mort de sa tante, Léna comme elle, et qu’elle appelait “maman Léna

Hier matin maman est morte. Me voila seule”, écrit-elle.

Finalement, Lena aura la chance d’être évacuée de l’enfer du blocus de Leningrad et mourra à Moscou le 5 août 1991.

Léna Moukhina. Le Journal de Léna. Robert Laffont.

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