Moscou Babylone

Roman Lambert a des allures de lord anglais mais du sang russe dans les veines. Il lui vient de sa mère, la fille d’un chef cosaque, échappé à la sauvagerie stalinienne. Roman s’installe à Moscou en pleine décadence au moment où la Russie chavire et entre avec fracas dans la période du capitalisme sauvage quand tout est permis, même le pire.

« Moscou Babylone », d’Owen Matthews aux éditions « Les Escales » retrace cette plongée en enfer. Owen Matthews, auteur d’un premier best-seller, « Les Enfants de Staline » sait de quoi il parle : comme son héros il est lui aussi moitié russe, moitié britannique.

Frustrée par plus de 70 ans de communisme la Russie du début des années 90 se jette à corps perdu dans la débauche. Une période particulièrement trouble de l’histoire russe qu’Owen Matthews restitue à travers le personnage Roman Lambert, son double romanesque.

« J’aime passionnément Moscou » confesse notre héros en ajoutant : « C’est du moins de toutes les villes du monde, celle qui me fait le plus penser à l’amour ».

Tomber amoureux d’une ville, c’est bien entendu tomber amoureux de ses femmes. Mais le voyage qu’entreprend Roman Lambert au pays de l’amour, non seulement laisse des traces mais le transforme du tout au tout . « Je suis arrivé ici jeune, brillant et épris d’aventure. Aujourd’hui, je suis un homme malade. Un homme méchant. Un homme déplaisant. Et nul ne peut m’aider. »

L’argent sale

Roman Lambert devient « imédj meiker » comme on dit à Moscou en bon russe et se met au service des oligarques qui commencent alors leur irrésistible ascension. « Ce que veulent nos clients, même s’ils ne le savent pas toujours », explique Charles Pound, le patron de Roman « c’est avoir l’air plus riches qu’ils ne le sont, paraître plus intelligents, plus honnêtes et plus professionnels avec davantage de relations ». Faire du fric est donc l’objectif de Roman et Moscou s’y prête d’autant mieux que, comme l’affirme Charles Pound « cette ville est gorgée d’argent sale, gorgée jusqu’au trognon ! Elle suinte l’argent sale. Elle empeste tellement que les indigènes ne sentent plus rien. Mais… tout le monde, à part les indigènes, le sent ! ».

Roman se coule rapidement dans le moule. D’autant plus facilement que les Russes, avides d’argent, accueillent alors les étrangers à bras ouvert. « Je compris sans tarder que le Moscou du milieu des années 1990 constituait un petit paradis pour les jeunes expatriés aux mœurs dissolues. Pour la première fois de ma vie j’avais le sentiment d’être l’enfant chéri du destin, béni par la compatibilité parfaite du lieu et de l’époque. Aux yeux des Russes les étrangers passaient encore pour des créatures privilégiées, issues d’une caste supérieure. Nous étions les émissaires d’une civilisation qui avait vaincu la leur ».

Mais si Lambert va connaître l’amour sous les traits de la charmante et mystérieuse Sonia, il deviendra aussi dans ce monde foisonnant de personnages troubles et interlopes, un meurtrier en quête de rédemption dans la lignée du Raskolnikov de « Crime et Châtiment ».  « En Russie, j’ai aimé et j’ai tué. Et j’ai découvert que, des deux, c’est l’amour qui est le plus terrible», confesse Roman Lambert.

Owen Matthews entraine le lecteur à la découverte d’un monde inconnu et qu’on espère disparu : celui d’une Russie sauvage, extrême, marquée par la corruption, la drogue et l’impunité des criminels les plus abjectes.

Moscou Babylone. Owen Matthews. Les Escales

This entry was posted in Critique, Romans and tagged , , , , . Bookmark the permalink.

Comments are closed.