American Desperado

Au Vietnam il a écorché vif les soldats communistes, à New York il a géré les boites de nuit de la mafia et à Miami il a distribué la cocaïne du cartel de Medellin. Gangster de profession, Jon Roberts a raconté en détail son itinéraire criminel au journaliste Evan Wright qui en fait un thriller époustouflant : « American Desperado ».

Jon Roberts pouvait difficilement échapper à son destin. Riccobono de son vrai nom, il appartenait à une famille mafieuse italienne, liée aux grands noms du crime organisé tels Benjamin « Bugsy » Siegel, Mayer Lansky ou Charles « Lucky » Luciano. Un pedigree lourd à porter mais dont il n’a jamais cherché à se débarrasser.

La vie de Jon a sans doute basculé lorsqu’il a vu son père, homme de main de Luciano, abattre froidement le conducteur d’une voiture qui avait eu le malheur de lui bloquer le passage. « Qu’est-ce qui vient de se passer ? Tu as vu quelque chose ?» a demandé ensuite M. Riccobono père, le revolver encore fumant. « Non, je n’ai rien vu », a répondu son fils.

Après avoir choisi d’instinct « la bonne réponse », Jon a appliqué à la lettre la devise paternelle : « Le mal est plus fort que le bien – en cas de doute, choisis le camp du mal ». Le jeune homme qui a entamé sa carrière criminelle en bas de l’échelle a voulu la gravir aussi vite que possible. Un peu trop vite sans doute. Arrêté pour enlèvement et extorsion, risquant de pourrir des années en prison, il accepte d’être envoyé au Vietnam après avoir reçu la garantie que son casier judiciaire serait effacé.

Au Vietnam il bénéficie d’un sérieux avantage. « J’étais préparé psychologiquement » explique-t-il.  « Les officiers qui m’avaient recruté connaissaient mon histoire personnelle, ils savaient que mes réactions étaient inhabituelles. Mieux que la plupart des gens, je pouvais supporter la douleur… et l’infliger. Ces recruteurs étaient malins ; quand je suis arrivé au Vietnam, ils m’ont mis avec des mecs aussi durs que moi. Putain de merde, là-bas, on est tous devenus fous. Le plus dégueulasse, c’est qu’on aimait ça ».

Au service du cartel de Medellin

Au cours d’opérations punitives, Jon et son compagnon d’armes Steve, qui « a fini par y laisser sa raison », écorchent des Vietcongs. « Après les avoir foutus à poil, on les suspendait à une branche, la tête en bas. Dans cette position, le cœur bat plus vite, le sang afflue au cerveau et c’est encore plus douloureux de se faire écorcher », raconte Jon.

De retour aux Etats-Unis, après un passage à New York où il gère plusieurs boîtes de nuit, Jon se rend à Miami et entre au service des chefs du cartel de Medellin, Pablo Escobar et la famille Ochoa.

Il atteint alors le sommet de sa carrière et gagne des millions de dollars en organisant par avions et bateaux le transfert vers les Etats-Unis depuis la jungle colombienne de tonnes de cocaïne. Les Américains en raffolent, en particulier les vedettes qu’elles soient du sport ou du cinéma. Plusieurs d’entre elles apparaissent dans le livre en particulier O.J. Simpson, James Caan, ou Richard Dreyfuss, qui n’hésitent pas à se « poudrer le nez » avec les gangsters.

A Miami la tâche de Jon Roberts est d’écouler le plus de cocaïne possible au moment où les laboratoires d’Escobar tournent à plein régime. « Les labos de cocaïne de Pablo étaient incroyables », raconte Jon. « Le premier que j’ai visité se trouvait au beau milieu de la jungle. Les cuves de fermentation des feuilles (de coca) étaient aussi grandes que des piscines. Une salle contenait des centaines de fours à micro-ondes qui permettaient de faire cuire la coke. Il y avait des générateurs électriques, des types qui se baladaient avec des masques et des combinaisons pour se protéger des produits chimiques, des dortoirs pour les ouvriers. Ce labo produisait environ une tonne par jour ».

Jon Roberts et ses acolytes mettent au point des techniques sophistiquées pour échapper aux autorités : des aéroports secrets, des avions modifiés pour voler plus vite et plus bas afin d’échapper aux radars, des hors bords aux moteurs gonflés, des systèmes d’écoutes pour intercepter les communications de la police ou des gardes-côtes.

Trahi par un comparse, Jon tombera en 1991. Il collaborera avec ceux qu’il aura réussi à berner pendant plus de 10 ans et qui sauront en échange se montrer cléments : le gangster n’écopera en tout et pour tout que de 3 mois de prison.

Roberts est mort en 2011 à 63 ans.

American Desperado. Jon Roberts & Evan Wright. 13e Note Editions.

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