La Peste (2)

La Peste

Un roman sur la vie des voleurs, leurs crimes et leurs lois

Première partie

Il y a longtemps, en Sibérie par une belle matinée un jeune homme sortit de son village accompagné d’un chien.

Il devait avoir une quinzaine d’année. Son apparence était curieuse, ou plutôt son visage. Côté gauche il avait l’air rusé, ses traits étaient grossiers, on l’aurait dit défiguré. Mais il suffisait qu’il se tourne pour que tout change. Il était alors fin, tendre, voire même distingué. Quant au chien… il avait l’air d’un chien. Court sur patte, un beau pelage duveteux, aux reflets jaunes. Un bâtard.

Le jeune gars et le chien se dirigèrent vers le cimetière, à la lisière du village. Le vieux paysan lui avait demandé de ne pas trop s’éloigner afin qu’il puisse retrouver plus facilement l’endroit. Le gars avait l’air de bavarder joyeusement avec le chien en supposant que le chien puisse comprendre les blagues que lui adressait le jeune homme. Le chien lui répondait à sa manière en essayant de lécher la main qui tenait une  grosse corde enroulée.

Ils arrivèrent sur une clairière qu’on appelait pâturage uniquement parce qu’une paysanne avait l’habitude d’y venir avec sa vache. Elle s’asseyait sur une grosse bûche pour tricoter, admirer les pins qui poussaient là et respirer avec délice l’ odeur de résine et de champignons.

Ce matin la il n’y avait personne dans la clairière. Le soleil pâle de septembre déposait de petits éclats de diamant sur les gouttes de rosée qui parsemaient les herbes.

La nature en éveil semblait avoir donné au chien une seconde jeunesse sans effacer toutefois la réalité de son age. Car si l’homme était très jeune, le chien était très vieux.

Ils avaient nettement dépassé les maisons délabrées du village qui permettaient de comprendre facilement que ses habitants n’avaient d’autre richesse que cette splendide nature que dieu leur avait accordée.

Le jeune homme embrassa la clairière du regard et se dirigea vers un pin aux branches solides. Le chien qui tentait toujours de lui attraper la main, gambadait joyeusement autour de lui. Assurément cette belle matinée lui plaisait bien.

Quand le jeune homme fit un nœud coulant au milieu de la corde et voulu le passer autour du cou du chien, il aboya gaîment et enfila lui-même sa tête dans la boucle. Le jeune homme enroula alors un bout de la corde autour d’une branche et tira violemment sur l’autre : suspendu, le chien émis un râle. Le jeune homme se rendit compte qu’il s’était mal placé : le chien se trouvait entre lui et l’arbre. Il ne pouvait attacher l’autre bout de la corde à l’arbre sans reposer le chien à terre ce qui pouvait ralentir encore son agonie. Il décida d’attendre sans changer de place.

Le chien râlait. On aurait même dit un hurlement. Enroulé autour de la corde, il se mit à pisser, arrosant le jeune homme qui jura et cracha de dégoût.

Le chien se tut, s’étira bizarrement, la queue toute droite, le pelage hirsute que le soleil faisait briller tandis que de sa gueule s’échappait une langue incroyablement pourpre.

Contournant le chien, le jeune homme attacha la corde à l’arbre. Il lui fallait maintenant revenir au village et dire au vieil homme que c’était fini et qu’il pouvait aller chercher sa corde et enterrer son chien après l’avoir dépecé comme il se doit.

Le jeune homme se retourna et remarqua, sans doute pour la première fois, la beauté du paysage, les couleurs gaies des plantes, la forêt, et le soleil doré inondant de lumière les feuilles d’automne. Il pensa que pour ce genre d’affaire il aurait mieux valu trouver un endroit moins beau et attendre une journée moins belle.

Il s’éloigna. En fin de compte il était content de lui ; il avait aidé un vieil homme à se séparer d’un compagnon inutile.

A suivre

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