Alcazar à la rescousse !

Le maire d’un village du nord du Galuport, durement frappé par la crise qui a mis le pays à genoux, a décidé d’appeler le dictateur Alcazar à la rescousse pour sauver ses finances chancelantes.

Ce village n’est autre que celui qui a vu naitre, à la fin du 19è siècle, le dictateur, mort d’une attaque cérébrale il y a plus de 40 ans, après avoir gouverné son pays certes sans partage mais d’une main beaucoup moins rude que celles des satrapes qui ont sévi dans d’autres pays à la même époque et auxquels il a survécu pendant de longues années, « fièrement isolé », selon la formule dont il raffolait.
L’idée du maire est de donner le nom d’Alcazar à un vin de la région, persuadé que cette initiative inattendue et qui n’a pas manqué de paraître saugrenue à nombre de ses administrés, retiendra l’attention non seulement des Galipotais mais aussi des nombreux étrangers qui viennent visiter ce pays aux charmes touristiques incontestables et qui, surpris de trouver le nom du dictateur écrit en gros sur une bouteille ne manqueront pas d’en ramener chez eux une, voire même plusieurs,  ne serait-ce que pour épater parents et amis à leur retour.
Mais au village tout le monde n’est pas d’accord. « Un vin qui s’appellera Alcazar ? Ce n’est pas sérieux », estime un notable dans un grand éclat de rire. « Au mieux c’est du mauvais goût, au pire une insulte aux victimes de la dictature », ajoute-t-il avant de conclure : « De toute façon c’est absurde !».
Mais le maire n’en démord pas et n’admet pas que l’on puisse le ranger parmi les nostalgiques de « l’Etat Nouveau », ce fascisme  un peu plus soft et un peu moins autoritaire que celui mis en œuvre ailleurs à l’époque d’Alcazar. Car ce que veut le maire, c’est le bien de son village et rien d’autre. Il veut tout simplement faire quelque chose pour le sauver de la crise et l’empêcher de dépérir avec le reste du pays. Au village d’Alcazar comme partout au Galuport  les gens perdent leur emploi, les boutiques sont vides et les entreprises font faillite.
«Quelqu’un a vraiment pu croire que je voulais vendre de l’idéologie ? », interroge le maire. « Ce que je veux c’est vendre du vin ! », explique-t-il à ses administrés qui de plus en plus nombreux changent de trottoir dès qu’ils l’aperçoivent.
« On vend des milliers de livres avec la marque « Alcazar » et cela ne scandalise personne. Pourquoi pas du vin ? », insiste le maire pour convaincre les sceptiques. Il n’a pas entièrement tort. Les biographies, essais, souvenirs autour d’Alcazar se vendent comme des petits pains et bénéficient même de rééditions successives tandis que les porte-clefs avec la photo du dictateur remportent toujours un franc succès.  « C’est vrai, explique un spécialiste du marketing, le mot « Alcazar » fait vendre aussi bien que le mot « chocolat » ».
C’est parmi les jeunes, qui ne connaissent du dictateur que ce qu’en disent les livres d’histoire, que le maire recrute l’essentiel de ses partisans. « Ce n’est pas parce qu’un vin s’appellera Alcazar que le fascisme va revenir », explique un représentant de la jeune génération. Fort de ce soutien, le maire est bien décidé à aller de l’avant. Il lui faut maintenant définir la forme de la bouteille, le design de l’étiquette et surtout trouver le cru qui aura l’honneur de s’appeler Alcazar car bien sur, ce ne sera pas n’importe quelle piquette. « Ce sera un vin de qualité parce que ce ne sera pas seulement la marque qui fera vendre », souligne le maire.
Arrivera-t-il à faire aboutir son projet ? Rien n’est moins sur car la polémique ne fait que commencer et il n’est pas impossible que le débat prenne une dimension nationale, voire même internationale, pour le plus grand bonheur des Galipotais qui, c’est bien connu, raffolent des polémiques et des discussions sans fin.

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