Eternels émigrés (suite)

La suite du roman d’Ariane Vassiliev

4

Les Vassiliev étaient bel et bien en route mais leur destination n’était nullement Sakhaline.
Quelque temps auparavant des amis de Paris, Ivan Pancratiev dit « Pancrate » et sa femme Sonia, avaient réussi à les dissuader de leur projet. Eux aussi avaient choisi de « ré-émigrer » en URSS et avaient, plus que les Vassiliev, l’expérience des voyages et des recherches inabouties sur le vaste territoire de l’Union soviétique.
Ils étaient maintenant en route pour la Crimée. Ayant appris que les Vassiliev étaient à Briansk, ils étaient passés les voir. De Grodno, Pancrate et Sonia, étaient partis pour Vologda à (400 km au nord-est de Moscou) où Pancrate avait de la famille. Ils avaient ensuite vécu dans diverses ville de la Russie centrale. Puis quelqu’un leur avait recommandé d’aller à Vorkouta.
– Où ça ? – l’avait interrompu André.
– Vorkouta.
– Et vous y êtes allés ?
– Et nous y sommes allés.
– Mais c’est au delà du cercle polaire !

Ils n’étaient restés que deux jours à Vorkouta et avaient repris le train dare-dare pour Leningrad où ils avaient changé de train pour arriver à Briansk.

 

Vorkouta

- Mais pourquoi diable aviez-vous décidé d’aller à Vorkouta? – reprit Hélène.
– Un type nous avait assuré que nous pourrions y trouver du travail et un logement. Mais c’était affreux. La toundra et des marais à perte de vue.
– En un mot vous avez foutu le camp, avait dit André.
– Et qu’est-ce qu’on pouvait faire d’autre ? – avait répondu Pancrate. – Je ne vous demande pas pourquoi vous allez à Sakhaline.
– Sakhaline c’est autre chose, – avait répliqué André.
– Tu n’en sais rien du tout, – avait remarqué Hélène.
– J’ai une idée, – avait dit Sonia. – Laissez tomber Sakhaline et venez avec nous en Crimée.
– Comment ça ‘ laissez tomber’ ? – s’était étonné André.
– Elle a raison ! – avait dit Hélène. – Elle a tout à faire raison ! Sakhaline c’est comme Vorkouta, peut-être même pire. Il ne faut pas y aller.
– Mais j’ai donné ma parole, avait geint André. – Je dois signer tous les papiers demain.
– Mais on t’a bien dit que c’était volontaire, personne ne va t’y envoyer de force.- s’était écrié Sonia.
– Qu’en sais-tu ?
– Nous aussi nous avions voulu nous engager et puis on a changé d’idée, – avait expliqué Pancrate.

Norilsk

- Pour où ?
Norilsk.
– Et en Crimée, qui nous donnera du travail ? – avait demandé André.

Sonia, qui avait réponse à tout, exposa le plan. Ils iraient d’abord à Simferopol où ils pourraient vivre chez une amie, Marie Mikhailovna Kozintsva dite « Mémé », une « ré-émigrante », comme eux. Ils essaieraient de s’enregistrer à Simferopol et si ça ne marchait pas ils iraient à Alouchta.
– André, avait alors dit Hélène, – je n’ai vraiment pas envie d’aller au fin fond de la Russie. C’est le destin. Essayons la Crimée. On aura toujours le temps de s’engager pour Sakhaline, Vorkouta ou Norilsk…

***

A Simferopol, ‘Mémé’, qui les avaient reçu à bras ouverts, leur expliqua que la situation n’était guère favorable. Il était impossible de trouver un appartement bon marché et quand à l’enregistrement, c’était encore plus compliqué. Elle même avait eu un mal fou à l’obtenir même si sa grand-mère y résidait depuis longtemps.
Ainsi, l’idée de rester à Simferopol tomba d’elle même et on décida d’aller ailleurs. Mémé proposa qu’Hélène et Ariane restent avec elle. La proposition fut acceptée et le lendemain André, Pancrate et Sonia s’en allèrent tenter leur chance à Alouchta.

Une semaine plus tard, André était de retour. Il n’était plus question d’aller à Alouchta. Ils iraient dans un sovkhoze vinicole de Castel, à 7 km d’ Alouchta. « Tu vas t’y plaire. J’ai trouvé un travail et nous aurons, temporairement, un toit au dessus de nos têtes », avait résumé brièvement André refusant de donner d’autres détails.

Ils avaient loué un camion, dans lequel ils étaient parvenus tant bien que mal à entasser toutes leurs affaires. Les adieux furent émouvants. Mémé, en larmes, essaya vainement de les retenir.

Quelques heures plus tard Hélène franchit le seuil de leur nouvelle demeure pour entrer dans une pièce. Une très grande pièce. Mais il n’y en avait qu’une, éclairée par une faible lampe qui pendait d’un très bas plafond. Deux fenêtres, l’une à droite, l’autre à gauche de la porte. Les autres murs étaient aveugles. Dans un coin, deux lits métalliques, étroits, et un lit de camp. Dans le coin opposé un grand lit au au dossier nickelé. Au milieu une immense table bancale. Et… rien d’autre. Hélène regarda son mari d’un air interrogateur. Au cours du voyage André n’avait rien expliqué se bornant à dire que leur logement serait temporaire. Il s’était gardé de préciser que les deux familles allaient vivre dans la même et unique pièce.

Sonia, très affairée, leur dit qu’il fallait se dépêcher de dîner. Pancrate expliqua qu’il n’y aurait de la lumière que jusqu’à 10 heures quand la station électrique s’arrêtait pour la nuit.

André raconta enfin qu’il avait trouvé cette endroit par hasard après avoir fait chou blanc à Alouchta. A Castel il avait parlé avec le directeur du sovkhoze qui avait accepté de l’employer comme peintre. Mais il n’avait aucun travail pour les deux femmes quant au logement, il n’avait que cette maison abandonnée à proposer. André avait accepté sans penser à demander de combien de pièces était la maison.

A suivre

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